

Le jeudi 2 juin 1960, l'hebdomadaire Junior sort son numéro 22. Le même jour, le journal de Tintin n°606 annonce une nouvelle "aventure à Sarajevo" à la page 36 du magazine.
Je suis né ce jour-là, le 2 juin 1960, sous le signe de l'aventure, du mystère, des espions et des héros intrépides.
Mes parents étaient enseignants : mon père initiait des lycéens à la langue de Shakespeare, tandis que ma mère, après avoir troqué sa pipette et sa cornue de laborantine contre le pinceau et le fusain, formait des générations de jeunes à l'expression artistique sous toutes ses formes. Entre l'art et la littérature, mes premières années furent donc plongées dans le bain de la création et de l'imagination, de la gouache et des mots...
Nous habitions Lille, UNE VILLE MAGNIFIQUE aux portes de la Belgique, la patrie de Tintin. Quand mon frère est né, nous sommes partis vivre dans une ferme en pleine nature, sans eau potable, ni chauffage ni confort. A cette époque, c'était à la mode de fuir le vacarme des villes pour retrouver la simplicité de la vie campagnarde. Notre existence était rude et rustique, mais j'aimais cette liberté, ce petit grain de folie qui me faisait regarder les choses autrement que les enfants de mon âge. J'appréciais la solitude, l'odeur du foin sec et de la paille fraîche. La grange devenait un château-fort ou un bateau de pirates selon les jours, le grenier un univers étrange peuplé de rats et de monstres effrayants...C'était merveilleux. Les livres que je lisais à la pelle trouvaient leur prolongement naturel dans l'univers fantasque qui m'entourait. Enfant, je jouais et mon imagination galopait...
Jusqu'au jour où...
Jusqu'au jour où l'imaginaire et la réalité s'entremêlèrent. S'entrechoquèrent. Au fond de la bibliothèque de la ferme, j'avais déniché un petit livre sur la radiesthésie qui expliquait comment fabriquer un pendule, comme le professeur Tournesol, et retrouver des objets perdus avec la seule force de sa concentration. J'avais juste 8 ans. Qui pouvait imaginer à ce moment là que ce petit jeu innocent allait m'entraîner dans le monde glauque de la magie, du spiritisme et de l'occultisme ? Pendant toute la période de l'adolescence qui suivit, je voulus tester des pseudos pouvoirs secrets, interroger les esprits des morts, tenter des expériences à la limite du bien et du mal...Comme dans la guerre des étoiles où Anakin est tenté par le côté obscur de la force, j'étais devenu une sorte de Dark Vador peu reluisant. En fin de compte, au terme de dix années d'expériences douteuses, je n'ai trouvé qu'une seule chose dans cette quête : le vide...Et la peur.
J'avais 21 ans et j'étudiais la psychologie quand je finis par me sortir de ce marasme de la magie. J'étais enfermé dans l'orgueil et le désespoir. A la fac, je m'étais engagé quelques mois dans un petit groupe politique extrémiste qui avait fini par m'exclure pour...extrémisme !
En réalité, je cherchais désespérément une porte de sortie dans ma vie, mais je ne trouvais que des portes fermées, verrouillées, cadenassées...
Puis un jour, une porte s'ouvrit. Une issue de secours tournée vers le ciel. Comme pour Jean-Baptiste dans la Porte des Anges, je découvris qu'il y avait quelqu'un au-dessus de moi que je ne connaissais pas...
Ma vie bascula... du côté lumineux, cette fois.
Mon existence rebondit de plus belle. Je me mis à étudier le hongrois (allez savoir pourquoi !), la philosophie, la théologie ainsi que l'histoire des religions. Puis, pendant un temps, j'ai accompagné des adolescents délinquants, en France, puis en Italie, et j'ai pas mal voyagé. Chaque rencontre devenait pour moi une source d'enrichissement formidable.
Et l'écriture de romans ?, allez-vous dire. Je le dois à mon père. C'est lui qui m'a transmis son amour des mots, des sonorités, des belles formules. J'avais déjà rédigé pas mal de contes et de courtes histoires pour des revues de jeunes, mais je n'étais jamais allé plus loin. A l'exception d'un roman d'aventure écrit pendant mon service militaire et qui avait atterri au fond d'un tiroir. Un jour que j'étais cloué par la fièvre au fond de mon lit, l'idée de La Porte des Anges s'est imposée à mon esprit. Je me suis levé, j'ai pris mon ordinateur et j'ai commencé à écrire cette phrase :
"Tout a commencé sous un cerisier..."
La suite, vous la connaissez...
Sans doute vous demanderez-vous ce que je suis devenu maintenant et ce que je fais de mes journées...quand je n'écris pas ! Vous me permettrez là d'être un peu comme Philippe, le parrain de Lucie, et de laisser à mon personnage la part de mystère si nécessaire au rêve et à l'imaginaire...Michael Dor
Dernière modification : 06/03/2010